Pédagogie sur le don du sang

Un documentaire qui a nécessité de nombreux mois d'investigation
dans différents pays

Derrière les intentions généreuses du don de sang, une filière complexe et extrêmement lucrative alimente les caisses de grandes multinationales. Car, à partir du sang, on extrait du plasma, un produit sanguin coûteux et indispensable aux patients. Les protéines obtenues valent plus cher que le pétrole.
A travers de nombreux interviews et témoignages, ce documentaire tourné en Allemagne, en France, en Suisse et aux États-Unis, pose la question du don éthique et de la transparence des industries productrices de médicaments dérivés du plasma. L'équipe de tournage est venue au siège de l'EFS, en mai dernier, pour interviewer le président, François Toujas, et s'est rendue à l'EFS Nord-de-France à Lille pour interroger le docteur Jean-Jacques Huart, également conseiller de la Fédération. Plus récemment, au mois de septembre, les journalistes de ce documentaire ont interviewé des administrateurs de la Fédération, dont Michel Monsellier. Tous ont naturellement rappelé avec force les valeurs qui guident le modèle français et l'attachement indéfectible au don éthique, bénévole, volontaire, gratuit et anonyme.
Où est collecté le plasma ?
business sang 3Nouveau tarif pour les dons. Gagnez 75 $ cette semaine.

La majorité du plasma permettant la fabrication des médicaments dérivés du sang est collectée aux USA dans des « usines à plasma », sites industriels où le prélèvement rémunéré est légal. Mais il existe également des centres de collecte en Allemagne, en Autriche, en Tchéquie et dans d'autres pays de l'est européen.
Dans ces centres, les « donneurs » sont payés après chaque don ; le montant perçu est variable selon les pays.

La collecte de plasma aux États-Unis
Nous sommes dans la banlieue ravagée de Cleveland, dans l'Ohio. Pour cette population appauvrie, notamment depuis la crise de 2008, le don de sang est parfois l'unique source de revenus.
business sang 4Angelo, un mécanicien sans emploi, se rend deux fois par semaine dans un centre de collecte pour vendre son sang et ainsi pouvoir se nourrir. Deux fois par semaine, c'est énorme et très astreignant pour le corps, quand la Croix-Rouge recommande de ne pas dépasser un don par mois ! Mais Angelo n'a pas le choix, lui, c'est pour survivre qu'il se fait extraire le précieux liquide. D'autres pauvres de son quartier des toxicomanes, n'ont plus que ce moyen pour se payer une dose.
Les journalistes de la production ont été repoussés par la police et n'ont pas eu l'autorisation de filmer la multitude de machines d'aphérèse qui attendent les donneurs et les lits, tous occupés !

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Rémunération ou dédommagement ?
Aux États-Unis, personne ne parle de « rémunération ». Les laboratoires préfèrent utiliser le vocable élégant de « dédommagement » ; un dédommagement bien organisé puisque chaque donneur se voit remettre une carte de crédit Visa qui est ensuite créditée à chaque « prélèvement ». Dans ces conditions, on ne peut donc pas parler de « don ».
Quels sont les risques ?
Cette marchandisation du corps, qui pose de sérieuses questions morales, pourrait également présenter des risques sanitaires accrus car le don rémunéré n'est pas sans danger. En effet, la rémunération incite les donneurs à mentir sur leur état de santé, à venir tendre leur bras plus souvent que de raison et attire une population à risques. Les donneurs qui donnent deux fois par semaine n'ont pas le temps de reconstituer leurs réserves de protéines ou leurs défenses immunitaires et sont plus enclins à tomber malades.
Le seul examen médical avant le prélèvement est le contrôle de la pression artérielle. Pour le reste, il suffit au donneur de « tapoter » sur le clavier d'un automate : « Avez-vous couché avec quelqu'un qui avait le SIDA ? On coche non ! » s'amuse un habitué.
Des donneurs de sang scandalisés, des patients inquiets
L'enquête démontre que des échantillons de sang prélevés dans la banlieue de Cleveland ont servi à fabriquer des médicaments destinés à la Suisse et à d'autres pays et que les médicaments obtenus, ayant une autorisation de mise sur le marché (AMM), circulent librement en Europe.
Des patients suisses et français ont été choqués en découvrant les dessous de ce business.
De très nombreux patients sont soignés grâce aux protéines issues du plasma
En France, 500 000 malades sont soignés chaque année grâce aux produits d'origine humaine.
Plus de 25 millions de litres de plasma sont ainsi fractionnés par les laboratoires chaque année dans le monde.

Grâce aux témoignages de donneurs américains, les journalistes François Pilet et Marie Maurisse ont révélé les failles d'un système industriel déshumanisant. En dénonçant ces pratiques, leur documentaire éclaire aussi sur les dangers d'une libéralisation progressive du secteur de la santé en Europe.
Ce documentaire a été diffusé en décembre sur la RTS (Radio Télévision Suisse) et dernièrement en France, sur ARTE, le 21 février.