Pédagogie sur le don du sang

Le Business du Sang

Source texte et photos : FFDSB.
Documentaire de télévision :
Marie Maurisse, François Pilet et Pierre Monnard
Coproduction ARTE, Point Prod, RTS et SRF (France/Suisse)
 
Méconnues du grand public, des industries pharmaceutiques en pleine expansion, qui fournissent du plasma thérapeutique ou fabriquent des médicaments dérivés du sang issu du plasma, se tournent vers des pays qui n'ont pas les mêmes réglementations qu'en France. Aux Etats-Unis, elles achètent à bas coût le sang ou plutôt le plasma des Américains les plus pauvres car le prélèvement rémunéré y est légal.
La journaliste, Marie Maurisse, qui a enquêté pendant plusieurs mois en Allemagne, en Suisse, aux États-Unis et en France, s'est en particulier intéressée au don de plasma et à la mondialisation de sa commercialisation.
La Fédération et l'EFS ont été interviewés lors de la réalisation de cette enquête passionnante et inquiétante.
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Centre de transfusion à Cleveland
Le plasma
Le plasma est le composant cellulaire du sang. Il représente 55 % de son volume, se compose à 90 % d'eau et véhicule plus de 150 protéines à action physiologique spécifique indispensables à la vie. Il s'agit :
business sang 8 de l'albumine nécessaire au maintien du volume sanguin et des volumes extracellulaires ;
des facteurs de coagulation dont la plupart permettent d'assurer l'hémostase et la coagulation (facteurs VIII, IX fibrinogène ... ) ;
des immunoglobulines, éléments essentiels de l'immunité.
Le plasma peut être :
transfusé, sans séparation des différents constituants; il est alors appelé plasma thérapeutique et se classe en deux catégories :
   - le « plasma sécurisé » fourni par l'EFS,
   - le « plasma inactivé par solvant détergent » (dit SD) fourni par des laboratoires pharmaceutiques,
fractionné industriellement afin d'isoler à l'état pur la plupart des protéines pour obtenir des médicaments dérivés du sang (MDS).

Un documentaire qui a nécessité de nombreux mois d'investigation
dans différents pays

Derrière les intentions généreuses du don de sang, une filière complexe et extrêmement lucrative alimente les caisses de grandes multinationales. Car, à partir du sang, on extrait du plasma, un produit sanguin coûteux et indispensable aux patients. Les protéines obtenues valent plus cher que le pétrole.
A travers de nombreux interviews et témoignages, ce documentaire tourné en Allemagne, en France, en Suisse et aux États-Unis, pose la question du don éthique et de la transparence des industries productrices de médicaments dérivés du plasma. L'équipe de tournage est venue au siège de l'EFS, en mai dernier, pour interviewer le président, François Toujas, et s'est rendue à l'EFS Nord-de-France à Lille pour interroger le docteur Jean-Jacques Huart, également conseiller de la Fédération. Plus récemment, au mois de septembre, les journalistes de ce documentaire ont interviewé des administrateurs de la Fédération, dont Michel Monsellier. Tous ont naturellement rappelé avec force les valeurs qui guident le modèle français et l'attachement indéfectible au don éthique, bénévole, volontaire, gratuit et anonyme.
Où est collecté le plasma ?
business sang 3Nouveau tarif pour les dons. Gagnez 75 $ cette semaine.

La majorité du plasma permettant la fabrication des médicaments dérivés du sang est collectée aux USA dans des « usines à plasma », sites industriels où le prélèvement rémunéré est légal. Mais il existe également des centres de collecte en Allemagne, en Autriche, en Tchéquie et dans d'autres pays de l'est européen.
Dans ces centres, les « donneurs » sont payés après chaque don ; le montant perçu est variable selon les pays.

La collecte de plasma aux États-Unis
Nous sommes dans la banlieue ravagée de Cleveland, dans l'Ohio. Pour cette population appauvrie, notamment depuis la crise de 2008, le don de sang est parfois l'unique source de revenus.
business sang 4Angelo, un mécanicien sans emploi, se rend deux fois par semaine dans un centre de collecte pour vendre son sang et ainsi pouvoir se nourrir. Deux fois par semaine, c'est énorme et très astreignant pour le corps, quand la Croix-Rouge recommande de ne pas dépasser un don par mois ! Mais Angelo n'a pas le choix, lui, c'est pour survivre qu'il se fait extraire le précieux liquide. D'autres pauvres de son quartier des toxicomanes, n'ont plus que ce moyen pour se payer une dose.
Les journalistes de la production ont été repoussés par la police et n'ont pas eu l'autorisation de filmer la multitude de machines d'aphérèse qui attendent les donneurs et les lits, tous occupés !

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Rémunération ou dédommagement ?
Aux États-Unis, personne ne parle de « rémunération ». Les laboratoires préfèrent utiliser le vocable élégant de « dédommagement » ; un dédommagement bien organisé puisque chaque donneur se voit remettre une carte de crédit Visa qui est ensuite créditée à chaque « prélèvement ». Dans ces conditions, on ne peut donc pas parler de « don ».
Quels sont les risques ?
Cette marchandisation du corps, qui pose de sérieuses questions morales, pourrait également présenter des risques sanitaires accrus car le don rémunéré n'est pas sans danger. En effet, la rémunération incite les donneurs à mentir sur leur état de santé, à venir tendre leur bras plus souvent que de raison et attire une population à risques. Les donneurs qui donnent deux fois par semaine n'ont pas le temps de reconstituer leurs réserves de protéines ou leurs défenses immunitaires et sont plus enclins à tomber malades.
Le seul examen médical avant le prélèvement est le contrôle de la pression artérielle. Pour le reste, il suffit au donneur de « tapoter » sur le clavier d'un automate : « Avez-vous couché avec quelqu'un qui avait le SIDA ? On coche non ! » s'amuse un habitué.
Des donneurs de sang scandalisés, des patients inquiets
L'enquête démontre que des échantillons de sang prélevés dans la banlieue de Cleveland ont servi à fabriquer des médicaments destinés à la Suisse et à d'autres pays et que les médicaments obtenus, ayant une autorisation de mise sur le marché (AMM), circulent librement en Europe.
Des patients suisses et français ont été choqués en découvrant les dessous de ce business.
De très nombreux patients sont soignés grâce aux protéines issues du plasma
En France, 500 000 malades sont soignés chaque année grâce aux produits d'origine humaine.
Plus de 25 millions de litres de plasma sont ainsi fractionnés par les laboratoires chaque année dans le monde.

Grâce aux témoignages de donneurs américains, les journalistes François Pilet et Marie Maurisse ont révélé les failles d'un système industriel déshumanisant. En dénonçant ces pratiques, leur documentaire éclaire aussi sur les dangers d'une libéralisation progressive du secteur de la santé en Europe.
Ce documentaire a été diffusé en décembre sur la RTS (Radio Télévision Suisse) et dernièrement en France, sur ARTE, le 21 février.


Les médicaments dérivés du sang issus du plasma

Technique et sécurisation
La séparation des protéines du plasma met en jeu des méthodes physico-chimiques et intègre des méthodes d'inactivation virale afin de garantir l'innocuité de chaque lot de médicaments issu du mélange de plusieurs milliers de litres de plasma.
Situation mondiale

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Le marché des dérivés plasmatiques est en forte croissance : plus de 10 % par an de 1984 à 2000 ; plus de 8 % par an depuis 2000. Cette tendance va s'accélérer car de nombreux pays qui n'ont pour l'instant pas accès à ces produits pour des raisons économiques commencent à s'y intéresser ; c'est le cas des pays du BRIC (Brésil - Russie - Inde - Chine) ; ce qui, compte tenu du volume de population concernée (près de la moitié de la planète), va créer des tens ions sur le marché dans les années à venir.
 
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Parmi les acteurs présents sur le marché, on dénombre :
  • 4 multinationales : CSL (Australie) - BAXTER (USA) – GRIFFOLS (Espagne) - OCTAPHARMA (Suisse) qui se partagent 80 % du marché mondial.
  • Une dizaine de petits opérateurs, dont 3 européens : LFB (France) - SANQUIN (Pays-Bas) - KEDRION (Italie).
Suivant les pays, il existe des différences notables de législation :
  • En matière d'éthique :
    - Bénévolat en France et au Royaume Uni.
    - Rémunération dans de nombreux pays, en particulier en Allemagne et aux États-Unis.
  • En nombre de dons autorisés par donneur et par an :
    - 24 en France ; une fois tous les 15 jours ; en moyenne, les donneurs français ne réalisent que trois dons de plasma par an.
    - 50 en Allemagne.
    - 120 aux USA.
Il est reconnu par l'Organisation Mondiale de la Santé que le renouvellement des protéines dans l'organisme se fait sur une quinzaine de jours. Le fait de collecter plus fréquemment amoindrit le taux de protéines et les défenses immunitaires du donneur. D'autre part, si la fréquence des dons est importante, la qualité du plasma, moins riche en protéines, est moindre, ce qui nécessite de collecter plus de plasma pour obtenir le même volume de protéines.
Situation en France
La France a la chance de disposer d'un opérateur public pour collecter le sang et le plasma - l'EFS (Établissement Français du Sang) - et d'un autre opérateur public chargé de fabriquer des médicaments dérivés du plasma - le LFB (Laboratoire français du Fractionnement et des Biotechnologies).
Les deux opérateurs sont nés de la scission créée par la loi du 4 janvier 1993.
Le don en France est bénévole, volontaire et non rémunéré.
Le plasma est soit :
  • Extrait du sang total par centrifugation. On recueille une poche de 300 ml de plasma à chaque don.
  • Prélevé sur un séparateur de cellules par plasmaphérèse. On recueille une poche de 750 ml de plasma ; ce dernier don s'effectue sur rendez-vous et dure environ une heure.
Chaque don fait l'objet d'une batterie de tests destinés à détecter d'éventuels virus (VIH - VHC -VHB - HTLV... ) ou bactéries, afin d'assurer un produit le plus pur et le plus sûr possible au patient.

La France est-elle autosuffisante ?

Pour le plasma thérapeutique, la France était autosuffisante jusqu'en février 2015 car l'EFS était le seul opérateur et assurait aux hôpitaux la fourniture de plasma thérapeutique grâce aux dons effectués par les donneurs bénévoles français.
Mais, un arrêt de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE), qui a classifié « le plasma ci finalité thérapeutique dans la production duquel intervient un processus industriel » en médicament, a mis fin au monopole de l'EFS et a ouvert le marché à des producteurs étrangers, notamment OCTAPHARMA, leader sur le marché européen pour le plasma traité par Solvant-Détergent (plasma SD). Si les pharmacies hospitalières acceptent d'acheter ce plasma à d'autres firmes étrangères, la France ne sera donc désormais plus autosuffisante en ce qui concerne ce type de plasma.
 
Pour le plasma de fractionnement (servant à fabriquer des médicaments), la réponse est négative puisque la France importe 50 % de sa consommation d'immunoglobulines en raison de l'ouverture du marché, le LFB répondant à des appels d'offres. Mais elle pourrait être autosuffisante car 3 millions de litres de plasma étaient collectés dans les années 1990 contre 700 000 litres aujourd'hui.

Pourquoi le plasma des donneurs bénévoles est-il plus cher que le plasma rémunéré ?

La différence provient essentiellement des frais de collecte du plasma.
L'installation des centres de prélèvement dans des secteurs où la population est la plus pauvre et la rémunération des donneurs dispensent de mener des actions de sensibilisation au don, les « donneurs » venant d'eux-mêmes en nombre. Ainsi, le taux d'occupation des lits pour le prélèvement est à son maximum 10 à 12 heures par jour 6 à 7 jours par semaine, ce qui réduit les frais d'amortissement des locaux et les charges de personnel, d'autant que ce sont des automates qui sont utilisés pour l'interrogatoire médical pré-don au dépens de la sécurité transfusionnelle.
Enfin les personnels de prélèvement sont des piqueurs (ses) et non des infirmier (e)s.

Quels sont les dangers d'un tel système ?

Au niveau de I’éthique
Les donneurs rémunérés sont des personnes vulnérables qui ont besoin de ce « salaire » pour vivre. Le sang des pauvres sert à fabriquer les médicaments des riches dans des pays où le système de protection sociale, permettant à chaque citoyen d'accéder au même niveau de soin, n'existe pas.
Au niveau de la santé
  • Pour l'instant, le nombre de pauvres permet de répondre à la demande mondiale croissante. Qu'en sera-t-il en cas de retournement de la conjoncture économique ou d'une explosion de la demande aux USA, interdisant la sortie du territoire du plasma collecté auprès d'américains ?
  • Cette mondialisation du marché du vivant - et en l'occurrence des produits d'origine humaine - rend illusoire la traçabilité des dons composant ces produits plasmatiques. Pour les produits d'origine française, en cas de découverte d'un virus ou autre pathogène chez un patient transfusé ou soigné avec un MDS, on peut remonter à la source et connaître le donneur à l'origine de la transmission, et ainsi écarter tous les produits fabriqués à partir de ce donneur clairement identifié. Il n'en est pas de même dans le système rémunéré puisque tous les dons sont mélangés et que seul le centre de collecte est mentionné.
  • La dépendance vis-à-vis des États-Unis pour l'approvisionnement en MDS pourrait poser problème aux patients en cas de rupture de la chaîne, pour quelque raison que ce soit. En effet, les USA sont à l'origine de la fourniture de 70 % du plasma mondial. Si, pour des raisons de protectionnisme ou autre, les barrières se fermaient ou si un virus émergent apparaissait, conduisant à la fermeture des frontières, le « robinet » se fermerait et mettrait alors en danger l'approvisionnement en plasma et la santé des patients.

Pourquoi prôner un système basé sur le don bénévole, volontaire et non rémunéré ?

  • Le fractionnement plasmatique est une industrie stratégique, non seulement en raison de la préciosité du plasma, mais égaiement en raison des techniques de pointe utilisées et brevetées.
  • C'est le système le plus respectueux de la dignité de l'Être Humain puisqu'il n'y a pas de marchandisation d'éléments issus du corps humain.
  • C'est le seul système qui assure la meilleure sécurité sanitaire, tant pour le donneur que pour le receveur. Le donneur n'ayant aucun intérêt personnel, n'est pas enclin à mentir lors du questionnaire préalable au don.
  • C'est le seul système qui permet d'atteindre l'autosuffisance et la couverture nationale des besoins pour les patients.
  • C'est le système choisi et prôné par l'Organisation Mondiale de la santé et le Conseil de l'Europe.

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